N 'histuero !
 

Quand le curé réfractaire de St Germain dut se cacher suite à sa condamnation à la déportation en 1793, les enfants posèrent des questions sur sa disparition :

"dijo douon pépé, porce que le curoa est eue porti ?"
et les vieux répondaient : "
vénio petii, te vao conta n'histuero !"

"C'était quelques jours avant Noël.
Il y avait de la neige partout et il faisait si froid
qu'on ne trouvait même pas une grenouille tant les fontaines étaient gelées.
Ce jour-là,sur la butte derrière chez La Vergne, là-bas, vous savez
un renard rencontre un loup.
Ils erraient depuis un moment, la faim au ventre
Quand soudain ils entendirent gémir au fond du talus.
- Allons voir, dit le loup.
Ils s’approchèrent et aperçurent un cochon qui pleurait .
- Mais qu’as–tu donc à pleurer ainsi ?
- Les gens du village ont tué mon frère.
- Et il est où maintenant ?
- Ils l’ont mis à fumer dans le clocher de l’église, et le boudin aussi .
Et c’est ainsi que le loup et le renard
se trouvèrent devant la porte de l’église fermée à clef.
Le bas de la porte avait été rongée par les chiens
Mais seul le renard pouvait passer.
Il fallut ronger encore un peu pour que le loup puisse rentrer.
Et nos deux compères de se régaler du pauvre cochon pendu là.
De temps en temps, le renard redescendait,
regardait à travers le trou de la porte, puis remontait
jusqu’au moment où il décida qu’ils avaient assez mangé.
Mais seul notre rusé renard put s’enfuir à travers la petite ouverture de la porte.
Le loup resta prisonnier.
- Puisque c’est comme ça, dit le loup, autant retourner manger .
Mais le loup était trop lourd et maladroit.
Et il se balançait et il s’agrippait aux cordes des cloches
Qui se mirent à sonner à tue-tête.
Le curé et le sacristain accoururent.
- Laisse-moi passer le premier, dit le curé.
Et il ouvrit la porte de l’église.
Alors le loup s’engouffra dans la soutane du curé et l’emporta au loin.

                                                                 Qué lé lou lé emporta …"